Quelle est la place du stockage dans la hiérarchie européenne du traitement des déchets ?
L’évolution de la réglementation européenne, structurée par la Directive 2008/98/CE, conduit clairement vers une réduction maximale de la production de déchets et une valorisation systématique de toute fraction valorisable, que ce soit par voie matière ou voie énergétique. Le stockage est ainsi réservé aux déchets ultimes, c’est‑à‑dire aux résidus qui ne peuvent plus être réemployés, recyclés ni valorisés par d’autres voies.
Cependant, toutes les filières —tri, recyclage, compostage, méthanisation, incinération — génèrent des résidus non valorisables. Certains de ces flux de déchets ultimes, non dangereux, contiennent encore une fraction organique résiduelle, non récupérable par les procédés en amont.
Pourquoi le biogaz issu des sites de stockage doit-il être capté et valorisé ?
La valorisation énergétique de ce biogaz constitue une filière de valorisation des déchets à part entière. En effet, une fois stockée, la matière organique se dégrade naturellement et produit du biogaz, composé principalement de méthane et de CO₂. Or, le méthane est un gaz à effet de serre au pouvoir réchauffant bien supérieur à celui du dioxyde de carbone : il est donc essentiel de capter, gérer et valoriser ce biogaz afin de limiter les émissions atmosphériques et de réduire l’impact climatique des sites de stockage. Parmi les différentes voies possibles, la production de biométhane s’impose aujourd’hui comme la solution la plus performante et la plus efficiente, aussi bien d’un point de vue énergétique que climatique. Elle fournit un biométhane de qualité équivalente au gaz naturel, pouvant être injecté directement dans les réseaux de distribution ou transport, tout en garantissant un rendement énergétique optimal, supérieur à la valorisation du biogaz sous forme d’électricité. Le biométhane améliore la performance environnementale du site car il substitue les énergies fossiles sur des applications telles que le transport et l’industrie, fortement émettrice de gaz à effet de serre.
En quoi la production de biométhane repositionne-t-elle le stockage dans la filière de valorisation énergétique ?
Un site de stockage disposant d’un système de captage performant, qui permet de contrôler efficacement les émissions diffuses, et équipé d’une solution de purification avancée — produisant du biométhane — devient une véritable voie de valorisation énergétique de la fraction organique résiduelle (non valorisable en agriculture). Les casiers, équipés d’un dispositif de confinement performant, fonctionnent comme des digesteurs non mélangés ; la dégradation de la matière enfouies peut être optimisée via la pratique de la recirculation des lixiviats (Bioréacteur). La production énergétique du site de stockage devient comparable à celles des unités de digestion anaérobie des biodéchets. Les temps de production du biogaz sont cependant bien plus longs (>20 ans) car la matière organique s’y trouve “diluée” dans une masse de matière plastique et inorganique. Pour cette raison le captage du biogaz sur le long terme (pendant et après le remplissage du casier et du site) représente un enjeu important dans la gestion du biogaz de décharge et dans la valorisation de la ressource énergétique des déchets ultimes.
Ainsi, la filière stockage, lorsqu’elle intègre une gestion durable du biogaz et une valorisation sous forme de biométhane, prend pleinement sa place dans la filière énergétique de traitement des déchets. Mon collègue David Agudelo-Romero et moi-même avons contribué à la rédaction d’un article à ce sujet dans la Revue des Mines publié en janvier dernier (n° 121) : cet article montre comment la transformation du biogaz en biométhane repositionne le stockage des déchets non dangereux en plein dans la transition énergétique.